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Article apparu dans LE POINT ECONOMIQUE du 21 Mars 2007.

Secteur portuaire

   Perspectives et enjeux du défi méditerranéen


De ce débat sont ressortis, de manière générale, les dysfonctionnements ainsi que les retards qu'accuse le secteur portuaire algérien. Comment y remédier ? Quelles perspectives pour les ports algériens ? Les questions restent posées. A titre d'exemple, Enric Benages, directeur des relations institutionnelles du port de Barcelone, témoignera de l'évolution de celui-ci au cours des vingt dernières années. "Nous n'avons pas toujours eu le statut que nous avons aujourd'hui. Il y a vingt ans, tout était à faire au niveau du port de Barcelone. Nous avons procédé par étapes, nous avons d'abord réussi à instaurer une paix sociale, d'ailleurs cela fait dix-sept ans que le port de Barcelone n'a pas connu de grève. Une charte de qualité a été mise en place, signée par tous les intervenants opérant au niveau du port et nous nous mettons à jour de façon régulière, tant au niveau des réglementations qu'au niveau des infrastructures." Et cela semble marcher. Le port de Barcelone connaît une croissance annuelle régulière de 10%, et il est prévu la mise en place de ports secs hors de l'Espagne, notamment au niveau de Toulouse et de Perpignan. "Barcelone reste un port moyen au niveau européen, sans parler du fait qu'il existe un déséquilibre du trafic maritime entre les ports du nord et ceux du sud. 25% du trafic transite par Barcelone" continuera Enric Benages. Il a ensuite assuré les opérateurs algériens présents (ils n'étaient pas nombreux…) que le port de Barcelone était ouvert à d'éventuels échanges en matière de savoir-faire ou de collaboration, ce qui constituerait un grand pas en avant. Abdelkader Boumessila, ancien P-DG du port de Béjaïa, port qui connu un lifting considérable lorsqu'il se trouvait à sa tête, viendra ajouter que le problème en Algérie est un problème d'ordre institutionnel. Les lois et décrets consacrant l'ouverture des activités commerciales existent depuis 1998 mais leur mise en application ne s'est pas encore faite. En effet, l'Etat exerce toujours un monopole sur tout le secteur. Selon Abdelkader Boumessila, des actions ont bien été entreprises afin de décentraliser le système portuaire, à travers notamment la création de la STH, censée gérer les ports à hydrocarbures, mais cela n'a pas été fait. Entre 1994 et 1995, trois terminaux à conteneurs devaient être réalisés au niveau des ports d'Alger, d'Oran et de Annaba, mais rien n'a été investi dans le matériel, d'où de sérieuses lacunes au niveau des infrastructures et superstructures portuaires.

Tous s'accordent à dire qu'il est nécessaire, pour ne pas dire urgent, de permettre aux capitaux privés d'investir dans le secteur portuaire, de prendre les risques que l'Etat refuse de prendre, enfermé dans un conservatisme dont le confort n'est qu'illusoire. Une des solutions au problème serait, en attendant une réorganisation complète et intelligente du secteur à travers des réformes puissantes, l'association avec des ports étrangers. Autre constat : le manque de communication entre les différentes institutions opérant au niveau des ports algériens. Et toujours ce problème, qui semble récurrent, quel que soit le secteur diagnostiqué en Algérie : les ressources humaines. Que ce soit au niveau de la manutention, du transport de marchandises ou encore même au niveau des administrations, le personnel manque de formation. L'on pourra entendre les doléances d'un importateur algérien à travers un témoignage où il déplorera le manque de savoir-faire des employés au niveau administratif du port. La corruption étouffe le secteur et les délais de traitement des marchandises sont trop aléatoires. Maître Bachir Hadj Hamou, spécialisé dans le droit maritime, insistera aussi sur la nécessité d'unifier le droit maritime autour du Bassin méditerranéen, afin d'arriver à une concurrence saine et une coordination entre les ports qui ne pourraient qu'être bénéfiques pour tous. Adam Iskounène, directeur général de Béjaïa Mediterranean Terminal (BMT), viendra tempérer ce constat sévère sur le secteur portuaire algérien en témoignant de son expérience d'association avec la société singapourienne Portek. "Les syndicats avaient émis des réserves quant à la privatisation du port, mais nous les avons rapidement rassurés", expliquera-t-il. "La formation est une étape primordiale pour faire accepter le nouveau système. D'ailleurs, aujourd'hui, nous comptons 250 à 300 employés". Il a également fait part d'un projet de construction d'un port centre dans l'avenir. Issu d'une réflexion, suivie d'une étude effectuée par plusieurs bureaux d'études étrangers, un tel projet ne pourrait qu'être bénéfique à l'Algérie, avec sa façade maritime parmi les plus avantageuses du Bassin méditerranéen, mais dont le potentiel est à l'abandon. Selon Adam Iskounène, ce port centre se veut être un port, un centre de gestion, une plateforme internationale et un centre d'affaires. Un investissement global de 10 milliards de dollars serait prévu à cet effet pour les infrastructures, le management et l'organisation.

Nayla Korba
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