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Article apparu dans LE POINT ECONOMIQUE
du 21 Mars 2007.
Le transport maritime
Navigation dans le brouillard
Le nouveau schéma
du transport maritime va donner naissance à des compagnies
spécialisées dans le transport de passagers,
le transport de marchandises et celui des hydrocarbures et
produits chimiques. D'autres organismes sont formés
pour les activités de remorquage et d'accostage, de
manutention portuaire et les activités annexes, telles
que la consignation maritime, l' avitaillement de navires,
etc. |
Une
décentralisation sans conséquence significative
pour le pavillon national qui, pourtant, a bénéficié
des pouvoirs publics, de larges moyens à même
d'encourager son essor. Le transport maritime de marchandises
(marine marchande) demeure la principale activité,
alors que le transport de voyageurs, qui a perdu beaucoup
d'importance du fait de l'essor de l'aviation commerciale,
ne subsiste que grâce à la forte émigration
qui regagne le pays. Après quelques tentatives de courte
durée, le transport de voyageurs le long des côtes
algériennes (Oran, Alger, Annaba) a été
abandonné et dans l'incapacité de la Cnan à
mettre de l'ordre dans le transport maritime, il ne pouvait
être envisagé l'organisation de courtes traversées
et des croisières.
Le maillon faible de la chaîne
Le transport maritime est, par nature, international et est
l'instrument de développement économique de
tout pays. Alors que le concept de la mondialisation a donné
lieu, de par le monde, à la réflexion et à
la réalisation de véritables "autoroutes"
maritimes, l'Algérie tarde à dynamiser la gestion
de ses ports, son poumon économique. En 1992, est promulguée
une ordonnance qui va ériger les ports en SPA (Société
par actions), leur accordant une large autonomie.
En fait, une autonomie improductive sur le terrain, du fait
de nombreux disfonctionnements. L'ordonnance promulguée
en 1997, délimitant la mission de service public des
ports et l'activité commerciale, et les textes d'application
publiés une année après constituent,
selon les invités aux "Débats de l'Entreprise",
l'achèvement du code maritime et le cadre organisationnel
des infrastructures portuaires nationales.
Des dispositions sensées mettre fin au monopole en
introduisant la division du travail et l'ouverture des activités
annexes au privé. Tout un arsenal juridique, mais point
d'évolution par rapport aux mutations du transport
maritime sur les autres ports internationaux. La sonnette
d'alarme est tirée par les animateurs des débats
: le mode de fonctionnement de nos ports constitue une menace
majeure pour l'économie nationale, si les pouvoirs
publics tardent à décider d'un "plan de
sauvetage".
La menace est toute proche et viendrait de notre voisin le
Maroc, qui a investi intelligemment dans la réforme
maritime. La réalisation du deuxième terminal
à conteneurs de Tanger Méditerranée (Tanger
Med) et devant entrer en service au début de 2008 va
servir de plaque tournante aux échanges commerciaux
du Bassin méditerranéen (Europe-Afrique). Cette
menace est à prendre au sérieux avec la réalisation
en parallèle de l'autoroute Tanger-Oujda qui va inciter
les opérateurs économiques algériens
et aussi les investisseur étrangers à utiliser
l'infrastructure portuaire voisine, répondant au mieux
de leurs intérêts, dans la recherche de solutions
fiables et économiques pour l'acheminement de leurs
produits. Pourtant, les moyens de sortir nos |
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ports de leur léthargie et de leur engorgement sont
réunis. Certes, la modernisation des ports nécessite
de nouveaux investissements financiers, mais il demeure que
la bonne solution est, fondamentalement, la compétence
humaine.
La modernisation radicale du port de Bejaïa en est un
exemple édifiant. Le petit port de jadis a rompu avec
la banalité et la médiocrité pour intégrer
le rang des ports méditerranéens les plus compétitifs,
en traitant en moyenne 25 conteneurs par heure, contre 8 à
10 pour les autres ports. Le nouveau terminal "Bejaïa
Mediteranean Terminal", réalisé en partenariat
avec le singapourien Portek International, attire de plus
en plus d'opérateurs économiques pour ses performances.
Il a nécessité 4 milliards de dinars pour les
équipements matériels de dernière technologie
et 15 millions de dinars pour la mise à niveau du potentiel
humain, et à la clé des retombées positives
en termes de recettes et des bienfaits sur la relance de l'activité
économique nationale et particulièrement dans
l a région. Alors de l'avis des professionnels du transport
maritime, cette expérience devrait être généralisée
à l'ensemble des ports nationaux, en particulier au
port de Djendjen, une gigantesque construction qui a coûté
au pays des milliards en dinars et en devises pour fonctionner
à seulement 25% des capacités installées.
Le secteur maritime tarde à faire sa mue en raison
d'un monopole de fait imposé par des groupes d'intérêts.
Dérives, déviation, corruption, prolifération
des vols sur les aires de stockage, dommages occasionnés
aux marchandises… sont le lot quotidien des relations
entre l'administration, les agents portuaires et les usagers.
D'autres vices minent toute tentative d'organisation des activités
portuaires et font subir des pertes énormes à
l'économie nationale et aux importateurs, obligés
de répercuter les surcoûts aux consommateurs.
Selon un économiste, le préjudice pour l'économie
est de 1 milliard de dollars pour le fret et de 1 milliard
pour les frais de transit, en raison des immobilisations prolongées
des bateaux.
Des opérateurs se plaignent du manque flagrant de coordination
entre la gestion du port, la police, la douane et la manutention.
La méconnaissance de la réglementation par des
inspecteurs des douanes, l'insuffisance en formation des opérateurs
administratifs ne peuvent favoriser l'instauration d'un climat
sain des affaires et une telle situation est préjudiciable
tant à l'importateur qu'à l'exportateur, dans
l'impossibilité de programmer leurs opérations,
parce que l'administration ne peut communiquer le départ
ou l'arrivée du bateau.
Du fournisseur jusqu'au destinataire de la marchandise, ils
sont au moins sept intervenants dans cette "chaîne"
du transport maritime. De l'armateur jusqu'aux douanes, en
passant par le transitaire ou le commissionnaire en douane,
il suffit de la défaillance d'un maillon de la chaîne
pour occasionner des pertes, souvent énormes, pour
l'importateur de la marchandise. Par exemple, la lenteur dans
le traitement des dossiers peut engendrer des retards dans
le déchargement et la livraison des marchandises et
pour l'importateur de matières premières, d'équipements
industriels ou de matériaux, ces désagréments
vont influer négativement sur la programmation de la
production et des travaux, d'où un manque à
gagner.
Mais très souvent, quand un maillon de la chaîne
grince, il faut graisser…la patte. C'est ce que dénonce
un industriel forcé à distribuer des enveloppes,
tantôt pour l'inspecteur qui a mal interprété
le règlement douanier, ou pour le chef d'équipe
pour activer le déchargement de ses marchandises…
Un moyen de maintenir son activité. Le secteur du transport
maritime est malade et lance un appel aux pouvoirs publics
pour imposer le strict respect des instruments de navigation.
Seddik Lardjane |
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